samedi 2 mai 2009

Pourquoi l’écologie profonde (deep ecology) est un courant de pensée dangereux


I. Introduction

L’écologie profonde est une branche de la philosophie écologique apparue récemment, qui considère l'humanité comme étant partie intégrante de l'écosystème.

En français, ce mouvement se nomme aussi écocentrisme, étant donné qu’il place la nature comme valeur suprême qu’il faut donc protéger contre tout ce qui pourrait constituer un danger…

II. Les bases de la deep ecology

Les valeurs communes aux deep écologistes peuvent être ramenées à quatre propositions fondamentales listées ci-dessous :

1. La nature a une valeur intrinsèque.

Nous allons expliquer cette phrase en prenant la définition de chaque mot.

Valeur : orientation que l’on tient à donner à nos comportements

Intrinsèque : - sens relatif : la nature a une valeur en dehors de son utilité immédiate (donc en dehors des jouissances que l’on peut en tirer).

Pour reprendre le naturaliste français Dalmon : « L’artiste, le biologiste, l’homme spéculatif admet sans erreur la formule : « regardez, ne touchez pas ». »

Intrinsèque : - sens absolu : la nature a une valeur en dehors de tout acte humain d’évaluation.

D’où une certaine contradiction du fait que l’on dit que la nature a une valeur intrinsèque mais on ne devrait pas car l’humain ne peut lui donner une évaluation.

2. Il y’a un ordre inhérent à la nature, bien que ne venant pas de nous, ne s’impose pas moins à nous

La nature est Le modèle, la source de nos valeurs

3. La valeur suprême est la nature elle-même, c'est-à-dire la totalité des espèces vivantes et leurs milieux associés, autrement dit la biosphère.

L’auteur affirme que tout ce qui est nécessaire à la vie et au bien-être de la biosphère est doté d’une égale valeur, donc l’humanité n’est pas la valeur suprême.

4. Tous les êtres naturels doivent en conséquence être déclarés sujets de droit ; le principe fondamental du système juridique biosphérique est le droit égal de toutes les espèces à l’existence

La faute la plus grave est la destruction, l’élimination d’une espèce ou remettre en cause ce droit pour les autres espèces.

Ces quatre propositions peuvent elles-mêmes se réduire au principe d’un égalitarisme biocentrique et holiste ;

Biocentrique dans le sens que la vie est le centre de toute valeur, aussi bien celle des êtres vivants strictu sensu que celle des rivières ou des écosystèmes,;

Holiste en ce sens que le véritable support de la vie n’est pas l’individu, mais l’espèce ;

III. Les pères fondateurs du mouvement

Ils se nomment Aldo Léopold et Arne Naess

A. Aldo Leopold

On compte aussi comme autre penseur Aldo Leopold, un forestier américain – chercheur.

Ce second est surtout connu pour son livre publié en 49 sous le nom « Almanach d’un comté des sables », qui est devenu la référence culturelle des deep ecologistes, au sein duquel il développe une conception bio centrée de l’éthique. A noter que ce livre, publié après sa mort, plaide pour des idées contraires à celles qu’il a défendues durant son vivant.

Parmi les idées développées par Leopold, on note celle de cercle éthique et de « son élargissement à des êtres pour lesquels on doit s’interroger sur la légitimité des actes ». Il faudrait donc que l’homme se justifie lorsque ses actions se portent sur la nature, et il imagine que l’évolution va sélectionner les être humains qui ressentent l’envie de se justifier envers la nature.

Voici quelques extrais de ce livre :

- « Il n’existe à ce jour d’éthique chargé de définir la relation de l’homme à la terre, ni aux animaux et aux plantes qui vivent dessus. La terre comme les petites esclaves d’Ulysse est encore considérée comme une propriété. La relation à la terre est strictement économique, comportant des droits mais pas de devoirs. »

- « L’éthique de la terre élargit simplement les frontières de la communauté de manière à y inclure le sol, l’eau, les plantes et les animaux ou collectivement à la terre… Nous abusons de la terre car nous la considérons comme une chose qui nous appartient. si nous la regardons comme une communauté à laquelle nous appartenons, il y a toutes les chances que nous commencions à en faire usage avec amour et respect. »

- « Une éthique de la terre fait passer Homo Sapiens du rôle de conquérant de la communauté terre à celui de membre et citoyen parmi d’autres de la communauté, elle implique le respect des autres membres et aussi le respect de la communauté en tant que telle. »

Il défend donc l’idée d’une possible évolution et la nécessité écologiste. Il ne faut plus s’arrêter à l’individu mais voir la relation espèce-communauté. L’éthique de la terre n’a rien à voir avec l’idéale libérale et universaliste des lumières…

Une chose est juste lorsqu’elle tend à préserver l’intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté bioéthique.

B. Arne Naess

Le père de ce courant de pensée se nomme Arne Naess, un philosophe norvégien d’une riche et célèbre famille. Il décide de se retirer et vivre dans le dénouement total six mois par an.

Lors d’une conférence en 72 à Budapest, il oppose deux mouvements écologiques avec l’écologie de surface qui selon lui est un mouvement pour le confort et le bien être des riches et la deep ecology.

Il en prescrit les 7 grands principes :

1. Rejet de la conception qui met l’homme d’un coté et l’environnement de l’autre car l’homme fait partie de la biosphère.

2. Egalitarisme biosphérique, c'est-à-dire le droit partagé à vivre et à croitre entre espèce

· La réduction anthropocentriste de ce droit est nuisible à l’espèce humaine

3. Principe de la biodiversité et symbiose. La diversité est un principe du vivant et toutes les espèces se rendent service.

4. Le principe précédent doit être corrigé par « la diversité ne doit pas être interprété comme une incitation à l’exploitation d’hommes par d’autres hommes »

· Il s’agit donc d’un correctif apporté au précédent principe pour préciser qu’il ne faut pas utiliser la biodiversité pour justifier des inégalités sociales. (esclavage…)

5. Il faut engager un combat contre la pollution et l’épuisement des ressources

6. Il faut différencier complexité et complication. La complexité c’est ce qui caractérise un écosystème.

7. Lutte contre l’autonomie locale et la décentralisation.

· Il ne faut pas multiplier les degrés hiérarchiques = pas d’espèce chef dans la nature

Il précise donc qu’il faut imiter la nature et s’inspirer de ce que l’écologie scientifique nous apprend du fonctionnement de la nature.

Ce qui fonde l’écologie profonde, c’est de considérer la nature comme modèle et comme source de valeur.

=> L’individu n’est plus mis en avant, mais c’est l’espèce

Deux principes fondamentaux pour Arne Naess :

- L’égalitarisme biocentriste

- La réalisation de soi : principe censé prendre en charge la réalité individuelle de l’espèce humaine

Il faut trouver un point d’équilibre entre ce qu’implique l’appartenance à une espèce et sa qualité individualiste.

Il va ensuite créer une seconde liste avec 8 principes permettant à un public plus larges d’adhérer à ses principes.

1. Le bien être et la prospérité de la vie humaine et non humaine disposent d’une valeur intrinsèque.

2. La richesse et la diversité des formes de vie contribuent à la réalisation de ces valeurs et sont également des valeurs de soi

3. Les hommes n’ont pas le droit de réduire cette richesse et diversité sauf pour satisfaire leurs besoins vitaux

4. La prospérité de la vie humaine et des cultures est compatible avec une population humaine substantiellement réduite (100 millions)

5. Les perturbations apportées par les hommes aux mondes non-humaines sont actuellement excessives et cette situation empire rapidement

6. Les politiques doivent être changées en termes de structure économique de base et de mentalité

7. Le changement des mentalités devraient principalement conduire à la recherche d’une vie de qualité plutôt qu’à la poursuite d’un niveau de vie de plus en plus élevé.

8. Ceux qui souscrivent aux points précédents doivent essayer de mettre en œuvre les changements nécessaires.

Critique :

Il faut alors réfléchir à la possibilité de mettre en place un système juridique qui ne serait plus anthropocentrique (où l’homme est au centre de l’univers).

a) Il s’agirait donc d’un système juridique où l’espèce humaine serait une espèce comme une autre (voir les articles du professeur Stone contre l’installation de Disney dans une vallée sauvage du Nevada)

b) On ne serait plus vu au niveau individuel mais à celui de l’espèce

On peut alors envisager ce système de deux points de vue :

1) Une solution maximaliste (solution extrême) : tous les animaux, dont l’homme fait partie, doivent être considérés de la même manière

2) Transformer en sujet de droit que certains écosystèmes.

Revenons sur le principe du système juridique : il permet de porter un conflit devant la justice qui doit trancher de façon neutre de façon qu’une des parties puisse se réjouir du jugement rendu. Or seuls les hommes sont capables d’exercer ces 3 fonctions.

Donc si ce système est mis en place, il risque d’y avoir une intervention encore plus grande de l’homme dans la vie animale (qui est contraire aux restrictions voulues).

Le professeur Christopher Stone revient alors sur ses écrits : « Le problème n’est pas de donner un statut juridique à la nature mais d’octroyer une considération légale ».

Est-il possible de construire une morale qui ne serait pas anthropocentrique ?

Selon Kant : « La seule fin en soit est la personne humaine, seule la valeur humaine est dotée d’une morale ». Il rédige alors la fameuse règle d’or qui dit « Ne fait pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fit. ». Celle-ci est affirmée par toutes les grandes religions et sagesses à travers le monde.

La règle d’or ne considère que les interactions immédiates entre deux individus présentes l’un à l’autre, elle ne nous dit rien sur les relations avec les êtres non humains…

Voici quelques morales non anthropocentristes issues de philosophes environnementalistes :

· Callicott : « On ne peut mesurer le degré de biocentrisme de l’environnementalisme moderne par l’étendue de sa misanthropie. »

· Taylor : « La disparition complète de la race humaine ne serait pas une catastrophe morale mais plutôt un évènement que le reste de la communauté de vie applaudirait des deux mains. »

· Aikel : « Une mortalité humaine massive serait une bonne chose. Il est de notre devoir de la provoquer. C’est le devoir de notre espèce vis-à-vis du tout, d’éliminer 90 % de notre effectif. »

On voit donc que si la valeur est non pas l’individu mais la vie elle-même, celle de n’importe quelle espèce est à priori celle de la communauté elle-même. On part d’un constat et on aboutit à un déni de la morale.

Taylor : « Dans certaines situations, il est même plus grave de tuer une plante sauvage qu’un homme ».

Conclusion : Quelque soit l’angle d’attaque, on aboutit avec le décentrement de la morale à une négation de la rêgle d’or et donc de toutes formes de moral.

Est-il possible de construire un système politique non anthropocentrique ?

Bruno Latour propose un parlement des choses constitué de scientifiques pour défendre les espèces, porte-paroles des autres espèces.

Michel Cannon propose le principe de symétrie : humaines et non humains à égalité.

Le scientifique pourra-t-il comprendre chaque animal ? Surement pas d’où une fausse symétrie.

Le problème est même que précédemment à savoir trouver l’équilibre entre l’humain et le non humain et la possibilité de ceux-ci de contester et le risque de simplification extrême vis-à-vis des autres espèces.

De plus la politique permet aux gens de vivre ensemble.

Or Aikel prône une mortalité humaine massive, qui est justifié par les principes mêmes de la deep ecology qui met la valeur non pas sur l’individu mais sur la vie elle-même et pense que si la surpopulation humaine met en danger la vie d’autres espèces et même la communauté biotique, il est du devoir de l’espèce humaine de réduire de façon drastique sa population.

Conclusion sur la mouvance deep ecology

Il suffit simplement de déployer les conséquences possibles de ce mode de pensée pour mettre en évidence son caractère dangereux.

Elle se veut d’élargir le cercle de l’éthique au-delà de l’espèce humaine mais elle aboutit à la négation de la rêgle d’or, donc à la destruction de l’éthique.

Ainsi la deep ecology compte réduire ces deux facteurs et affirme que toute politique responsable devrait avoir pour objectif la réduction massive de la quantité d’humains et la réduction la plus grande possible de l’activité technique

Elle apparait alors comme une machine propre à légitimer le meurtre de masse.

Réflexions et mises en garde

Un génocide serait-il moins horrible si légitimé par la sauvegarde écologique ?

Cette étude sert de mise en garde contre les nouvelles associations, venues pour l’essentiel des pays anglo-saxons, qui prônent le droit animal (attention à ne pas confondre droits des animaux et protection des animaux…) avec des actions plus ou moins radicales pour faire passer son message.

Je vous conseillerai d’aller lire certains sites de ces pourfendeurs du droit des animaux sur lesquels vous pourraient lire des comparaisons comme l’élevage des animaux à de l’esclavage humain, le travail des enfants ou l’esclavage des femmes à l’exploitation animale ; ou encore la compréhension des animaux à ceux des enfants ou des handicapés mentaux…

Sur ces mêmes sites, on légitime l’action armée de certaines mouvances (comme l’emploi d’explosifs contre des laboratoires d’expérimentation médicale), assimilable à du terrorisme écologique. Nous ne sommes donc plus loin des pensées de Aikel ou Taylor…

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